Écologie

L'écologie: une question importante mais mal posée. Importante car le rapport de l’homme à son environnement est à la base même de sa relation au monde. Il s’agit là de notre rapport à la nature et au cosmos. De la place de l’homme et du rôle qu’il se donne parmi les êtres vivants. Voit-il, comme Marx, dans la nature une usine et dans ses créations des produits pour son propre usage ? Est-il en guerre contre elle ? Doit-il la dominer ou accepter ses fatalités ? Cherche-t-il vraiment à sauver la planète, ou à se sauver lui-même ?

L’écologie ainsi comprise est l’équilibre trouvé entre des groupements humains et leur environnement dans le but de la perpétuation de la vie. L’équilibre, dans ce cas, n’est pas une notion morale qui refuse la prédation, la mort ou qui voit la violence comme un concept négatif. Mais une acceptation des différents cycles de création et de destruction qui engendrent la vie.
Mal posée dans le débat public. Je pense notamment à son traitement médiatique. Il y a quelque chose de culpabilisant dans le discours actuel qui induit un effet contre-productif. Les pays développés sont les principaux responsables des effets qu’ils comptent aujourd’hui combattre et c’est à cause du développement technologique qui a été le leur, et qu’ils nous ont imposé de force que nous avons perdu notre lien naturel à notre environnement. Est-ce un hasard que l'Occident ait soulevé cette question justement au moment du réveil de ce qu’il appelle le Sud ? Et si les hydrocarbures sont démodés, pourquoi fait-il encore la guerre pour se les accaparer ? Ils ont quand même des conseillers à la maison blanche.

Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son. Et en matière d’écologie, l’on n’entend qu’un seul discours, celui des alarmistes, pour qui la vie sur terre aurait dû disparaître il y a trois semaines. Nous n’entendons jamais parler des scientifiques sceptiques ou plus mesurés sur la question. Ce discours est totalement invisibilisé. Et nous sommes, en tant que Tunisiens, complètement à la traîne, sommés de gober le narratif occidental et d’adhérer à ses conséquences qui sont l’achat de leur technologie et l’exportation de notre énergie solaire, pour avoir l’air dans le coup et montrer patte blanche.

La terre se réchauffe, d’accord. L’été dernier a fini par me convaincre. Le climat change, d'accord aussi. Mais le changement est le propre du climat. Avons-nous le droit d’avoir des doutes avant d’acheter la nouvelle voiture électrique ?

Alors évidemment, il faut rationaliser les besoins énergétiques, revenir à une forme de frugalité, de bon sens, mais qu’il nous faut chercher dans notre patrimoine et notre culture. L’écologie n’est pas un un plug-in de l’architecture, et la prise en compte des ressources disponibles, leur utilisation efficace a de tout temps été une donnée importante dans l’acte de bâtir. De par sa nature, le métier d’architecte est un des plus importants secteurs de réflexion sur ce sujet. Malheureusement, dans cette course à la modernité, plusieurs savoir-faire locaux ont été sacrifiés et faire renaître des techniques constructives peut s’avérer très compliqué.
L'occident vient de se mettre à la seconde main pour s’habiller et trouve ça génial. Sur ce point il est bien en retard, notre Tunisie très en avance avec sa fameuse fripe. C’est fou, tout ce que fait le pauvre, sa manière d’agir et de penser, est écologique. Pauvre et écologique sont presque synonymes. C’est comme les appels à réintroduire le règne animal dans les villes. Cela se fait chez nous, et nous voyons souvent du bétail déambuler dans nos rues. Les chiens errants, malgré tous les problèmes que cela pose, sont un autre fait frappant. Je n’ai jamais vu de chien se balader en Europe. Évidemment, cela n’est pas fait dans un but écologique au sens contemporain, mais il est étonnant de constater que plusieurs pratiques préconisées par les écologistes du Nord sont en fait le quotidien des gens du Sud. Et c’est dans ces pratiques que nous, gens du Sud, nous devrions chercher des solutions pour l’avenir, en adéquation avec les habitudes, les mœurs et le vécu des populations et non dans la technologie, qui vient du Nord, elle. Le chemin est plus court ainsi, car ces pratiques sont déjà là.

Surtout, le discours écologiste a des répercussions qui vont dans le sens du pouvoir en place, quel qu’il soit: D'abord, il permet de détourner politiquement l'attention. Les nouvelles générations sont de moins en moins intéressées par les questions sociales et économiques mais préfèrent s’occuper du sort des sauterelles et des phoques à l’autre bout du monde, et votent donc en conséquence. On se fout complètement du SDF en bas de chez soi, de son prochain, mais on vote pour le parti qui va parler d’écologie. En transférant ainsi les préoccupations, le capitalisme, lui-même responsable du sort des pauvres sauterelles et des phoques, dévie les luttes sociales et détourne la contestation de son hégémonie.

Ensuite, il prépare les populations à accepter leur appauvrissement, en leur demandant de réduire leur consommation, de faire attention, de faire pipi sous la douche. A moi, on avait toujours dit de séparer les eaux grises des eaux noires. Je suis certain que nos dominants se tordent de rire à l’idée qu'on se pisse dessus sous la douche, en croyant économiser l’eau, obéissants.