Voiture populaire
La Tunisie a reconduit en 2017 le programme d’importation des voitures populaires, programme initialement commencé en 1994 et qui signait déjà le début de la fin. La Tunisie compte 2 millions de voitures approximativement, dont 40% dans le Grand Tunis. Le Grand Tunis accapare à lui seul 90% des nouvelles immatriculations chaque année. Ce programme prévoit donc l’importation de 4500 à 5000 voitures en un an, destinées aux citoyens au revenu moyen, la voiture coûtant aux alentours de 20 000 dinars ( 8.000 euros ), le salaire minimum étant de 338 dinars (60 fois le SMIC, mais c’est pour les citoyens au revenu moyen).Dicté par des motivations hallucinantes en 1994, comme le « renouvellement de notre parc automobile » ou encore « l’amélioration de la qualité de l’environnement » en achetant encore plus de voitures, ce programme symbole de toute une stratégie, ou plutôt d’une non-stratégie est aujourd’hui contre le cours des choses et des évolutions techniques et sociales. Il est même dangereux. D'après une étude américaine, la circulation urbaine est une cause significative de l’aliénation urbaine: plus on a de voitures, moins on a d’amis, et c’est les habitants des rues les plus calmes qui ont le plus d’amis.
Voilà pour les chiffres, au cas où le ressenti ne suffirait pas. Parlons maintenant d’urbanisme, d’architecture.
L’avènement de la voiture et sa prise en considération sont importants en architecture. Oui, mais il y a cent ans. Comment ne pas considérer l’évolution du rapport à ce mode de transport. Le premier programme datant d’il y a plus de 20 ans était déjà une erreur, étranglant Tunis et ses environs mais au moins il présentait une cohérence (les prix des voitures étant relativement accessibles). Aujourd’hui, non seulement on poursuit les mêmes fautes, mais en plus les voitures ne sont plus du tout populaires. Bien sûr il faut en pleurer et ne pas en rire. En démocratisant l’utilisation de la voiture, non seulement on ne développe pas les transports en commun mais en plus on les dénigre. Une ville c’est la concentration d’humains sur un territoire relativement restreint, leurs déplacements sont un enjeu vital pour sa pérennité. Tunis étouffe, elle sera bientôt morte, allant contre les sens de l’histoire. Une ville est d’abord une ville destinée aux gens aux revenus moyens et bas, et donc les transports en commun sont un élément essentiel. Les riches eux, sont riches partout. Même Dubaï s’est doté d’un réseau de transport.
Le nombre de places de parking d'un projet devient un critère de jugement crucial, autant que son coût ou son implantation. Chaque nouveau bâtiment construit dans la capitale devrait même en offrir en surplus pour pallier aux manques. Mais le modèle de développement du Grand Tunis ne prend pas en compte toutes ces données et il semble bien que pour pouvoir réellement changer les choses il faut tout simplement l'arrêter, et enrailler ce processus frénétique et insensé. Arrêter le développement de la ville et son étalement, pour rattraper le temps perdu.
Malheureusement, en intervenant en aval de toutes ces politiques, toute architecture est vaine. Nous ne fabriquons plus la ville, nous la subissons.