Concours
L’architecture est une chose publique, “un art que tout le monde devrait appréhender parce qu’il intéresse tout le monde”. D’autant plus publique lorsqu’il s’agit justement d’architecture publique, commandée par l'Etat, le bien commun de tous. Pourquoi donc ne sommes-nous pas au courant des projets publics, objet des concours nationaux, cadres partagés de nos vies ? Et pourquoi les architectes tunisiens ne publient-ils pas leurs projets lauréats alors qu’ils ont été jugés et primés ? Un complexe des jeunes, une maison de culture ou une université sont la propriété de tous, réalisés avec l’argent de tous et il serait normal que chacun sache quel projet va être construit près de chez lui, quel équipement il va bientôt fréquenter. Tout le monde a droit à une telle information et pourtant même entre architectes, dans des groupes fermés, c’est l’opacité.
De quoi ont peur, messieurs les architectes ? Il s’agit là d’architecture conçue dans le cadre d’un concours censé “permettre la sélection des meilleurs projets et améliorer les conditions de fonctionnalité et d'esthétique urbaine du patrimoine bâti à léguer aux générations futures”. Des concours où ils ont une totale liberté créative, où ils ne sont pas soumis aux tractations avec les clients privés.
Les cachent-ils par superstition ? De peur d’être critiqués ? Craignent-ils d’être plagiés (la meilleure celle-là) ? ou n’osent-ils pas, tout simplement ? A quoi servent alors les nouveaux moyens de communication et les réseaux sociaux, “les groupes de discussions” ? A se plaindre des architectes d’intérieur, sûrement. Il est tout de même délirant de voir que tous les concours passent sous silence, qu’on ait pas accès aux différentes architectures proposées et qu’on ne puisse pas en débattre entre architectes. Cela devrait être la vocation même de ces groupes de débat. Se tenir informé, se renseigner, débattre. Pourtant, rares sont ceux qui nous font cette faveur. Remporter un prix est tout de même valorisant, une reconnaissance, une occasion de se faire connaître. Alors pourquoi s’en passent-ils ? Par modestie ? peut-être. Où n'en sont-ils pas fiers ? Avez-vous honte, messieurs les architectes ?
La procédure des concours est imparfaite et doit être améliorée et modernisée. Elle doit surtout être uniformisée, car, bien qu'il existe parfois de bonnes intentions dans tell ou tel règlement, dans l'ensemble, elle présente des lacunes dans chacune de ses phases. Les données fournies aux participants et les conditions de participation faussent le départ. Les éléments du rendu limites l'expression des architectes et conditionnent les réponses. Le déroulement et la composition des jurys en faussent le résultat et l'opacité sur les résultats, cantonnés à une exposition courte et dénigrée des projets soumis, au siège de la maîtrise d'ouvrage, loin des regards, achève d'assomer le tout.
Je plaide pour des concours ouverts à tous les architectes sans restrictions sur l'expérience et avec une implication réelle des ingénieurs, mais également des autres compétences. Qu'on ait le droit de s'associer avec qui on veut et pas forcément à un jeune confrère ou à un vieux. Je plaide pour l'élaboration de données complètes à fournir comme points de départ à la conception. Des données programmatiques, climatiques, des photos du site, qui garantissent l'égalité des chances entre les concurrents. Qu'ils se bougent dans les directions régionales du Minsitère de l'Equipement au lieu de copier coller le même règlement. A bas les deux planches en noir et blanc et celle en couleur. Laissez-nous présenter des schémas, des maquettes, des collages. Et respectez le barème de jugement, donnez-nous des notes, justifiez vos choix et publiez-les. Payez les architectes qui composent les jurys pour qu'ils n'aient pas l'envie de vite terminer et de retourner à leurs petites affaires.